THE GORGE (2025)

Miles Teller et Anya Taylor-Joy incarnent deux tireurs d’élites chargés de surveiller un ravin au fond duquel se terrent de mystérieuses créatures…

THE GORGE

2025 – USA

Réalisé par Scott Derrickson

Avec Miles Teller, Anya Taylor-Joy, Sigourney Weaver, Sope Dirisu, William Houston, Kodna Holdbrook-Smith, James Marlowe, Julianna Kurokowa

THEMA MUTATIONS

 

C’est Zach Dean, scénariste de The Tomorrow War, qui est à l’origine de The Gorge. Son script, écrit spontanément sans commande spécifique d’un studio, fait le tour des maisons de production hollywoodiennes et finit par entrer dans la fameuse « Black List », celle des scénarios ultra-prometteurs n’ayant pas encore trouvé acquéreur. Ce sont finalement Skydance Media et Apple Original Film qui décident de s’associer pour financer le film, dont les hautes ambitions nécessitent un budget conséquent. Aussi à l’aise avec les production modestes (Sinister, Black Phone) qu’avec les blockbusters (Doctor Strange), Scott Derrickson se voit confier la mise en scène de ce long-métrage hybride. The Gorge présente en effet la particularité de se situer aux confluents de plusieurs genres : la science-fiction, l’horreur, l’action, l’espionnage, le thriller et la romance. Pour les rôles principaux, la production penche pour Miles Teller (Les Quatre Fantastiques) et Anya Taylor-Joy (Furiosa : une saga Mad Max). En lisant le scénario, les deux acteurs ont la surprise d’y découvrir des clins d’œil à deux des rôles qui les rendirent populaires. L’un y joue en effet de la batterie, comme dans Whiplash, et l’autre se lance dans des parties d’échecs, comme dans Le Jeu de la dame. « Bizarrement, c’était dans le scénario depuis le tout début, avant même que nous soyons attachés à ce projet », révèle Teller (1). « On a trouvé ça un peu exagéré et on a essayé de faire retirer ces scènes », ajoute Taylor-Joy. « Mais ils nous ont répondu que ces choses aidaient les personnages à faire connaissance » (2). Le double clin d’œil subsiste donc à l’écran.

The Gorge met en scène deux snipers qui sont chargés à distance d’une mission identique : tenir leur position pendant un an, chacun d’un côté opposé d’une gorge abyssale, sans aucun contact avec l’extérieur ni avec leur homologue d’en face. Levi Kane (Miles Teller), ex-sniper de la Marine reconverti en mercenaire, hérite de la tour ouest. Drasa (Anya Taylor-Joy), espionne lituanienne au service du Kremlin, garde l’est. Chacun d’eux lutte contre ses propres démons comme il peut. Tandis que Levi est hanté par les fantômes des cibles qu’il a abattues, Drasa est obsédée à l’idée que son père, rongé par un cancer, ait décidé d’écourter ses souffrances pour rejoindre sa défunte épouse le jour de la Saint-Valentin. À son arrivée, Levi relève son prédécesseur qui lui apprend qu’en plus des tours, des tourelles automatiques surveillent la zone, des antennes masquent l’endroit du reste du monde et des mines tapissent les parois. Pourquoi tant de précautions ? Parce qu’en bas, dans les ténèbres, quelque chose de monstrueux rôde…

La peur qui rôde

Si la situation de départ est très intrigante, Scott Derrickson ne peut s’empêcher de céder à un certain nombre de facilités, bardant cette romance à distance de clichés, concoctant des séquences de suspense difficilement crédibles (même avec la meilleure volonté du monde), expédiant en deux coups de cuiller à pot son climax et son épilogue. Sans compter ce recours toujours un peu paresseux aux films d’archives (une vieille bobine qui traine au bon endroit, un fichier vidéo immédiatement accessible dans un ordinateur sans âge) pour tout expliquer (un gimmick sans doute hérité de Sinister). Pourtant, le film reste miraculeusement captivant grâce à la force de son concept, à ses acteurs épatants (dont l’alchimie à l’écran est indiscutable) et au design hallucinant du monde infernal qui s’est développé au fin fond de la gorge. Ces créatures impensables, mêlant la morphologie des hommes, des arbres, des insectes et des reptiles, nous évoquent tour à tour les monstruosités de The Thing, les aberrations biologiques d’Annihilation ou les abominations des écrits de Lovecraft, tandis que le décor infernal dans lequel grouillent ces erreurs de la nature s’inspire des œuvres du peintre surréaliste polonais Zdzislaw Beksinski. Malgré ses invraisemblances et ses raccourcis, The Gorge reste donc une très agréable surprise, sa diffusion sur la plateforme Apple TV + ayant été très chaleureusement accueillie.

(1) et (2) Extraits d’interviews parues dans Entertainment Weekly en février 2025

© Gilles Penso

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