

Onze ans après le Livre de sang de John Harrison, cette nouvelle version réinvente plusieurs récits de Clive Barker…
Pilier de la saga Star Trek, Brannon Braga fut scénariste pour Star Trek : la nouvelle génération, Star Trek : Générations, Star Trek : Premier Contact, Star Trek Voyager et Star Trek Enterprise. Nous lui devons aussi les scripts de Mission impossible 2 et de plusieurs épisodes de 24 heures chrono. Au début des années 2020, il s’associe à Adam Simon (réalisateur de Sanglante paranoïa et Carnosaur) avec qui il se lance dans l’écriture d’adaptations pour l’écran de nouvelles issues des six tomes du recueil Livre de sang de Clive Barker. L’idée première est de créer une série TV d’anthologie, avec des épisodes autonomes tirés des courtes histoires publiées entre 1984 et 1985. Mais le rendement d’un tel programme reste incertain. Braga et Simon se rabattent alors sur un seul film, qui sera directement diffusé sur la plateforme de Hulu. Le segment central s’inspire directement de la toute première nouvelle du recueil, qui fut déjà adaptée en 2009 par John Harrison dans son Livre de sang. Pour les autres « sketches », les duettistes inventent de toute pièce de nouvelles histoires et puisent quelques idées dans la dernière nouvelle du cycle, Jérusalem Street (qui servit aussi d’inspiration au film de Harrison). Déjà metteur en scène de plusieurs clips et épisodes de séries TV, Braga signe là son premier long-métrage en tant que réalisateur.


Après une brève entrée en matière au cours de laquelle un tueur à gage occis un libraire après lui avoir extirpé une information importante – l’adresse où se trouve un « livre de sang » qui pourrait le rendre riche jusqu’à la fin de ses jours -, le premier segment démarre : Jenna. Nous y suivons le parcours tourmenté d’une étudiante mentalement très perturbée qui souffre notamment de misophonie (une aversion pour les bruits) et décide de fuguer pour trouver refuge dans un bead & breakfast tenu par un vieux couple sympathique. Malgré le jeu très convainquant de Britt Robertson (À la poursuite de demain), un travail minutieux sur le sound design pour traduire les phobies de la jeune protagoniste et la construction d’une ambiance très efficacement paranoïaque (ponctuée de visions macabres glauques), ce sketch ne mène finalement nulle part et nous laisse sur notre faim. Par ailleurs, on se perd en conjectures sur les choix des scénaristes : pourquoi avoir créé une histoire étrangère à l’univers de Barker alors que les Livres de sang regorgent de récits captivants qui ne demandent qu’à être (ré)adaptés ?
Trilogie macabre
Le second chapitre, Miles, nous ramène quant à lui sur un terrain connu. Cette intéressante réadaptation de la nouvelle Livre de sang, moins fidèle dans la forme que le film de John Harrison mais plus proche dans l’esprit, intègre la notion de deuil qui permet d’enrichir les personnages et de réorienter leurs motivations. Il ne s’agit donc pas d’étudier une demeure prétendument hantée mais de communiquer avec l’esprit d’un enfant disparu dans la maison où il a grandi. Sans doute plus efficace que chez John Harrison, dans la mesure où elle est plus concise, cette version possède les mêmes qualités que le segment Jenna (une mise en scène soignée, une direction d’acteurs impeccable) mais s’achève sans doute trop abruptement sans nous laisser le soin de bien mesurer le besoin qu’ont les morts de raconter leurs histoires en les inscrivant dans la chair d’un « livre vivant ». Quant au dernier segment, Bennett, il reprend le tueur du début du film pour le mener sur la trace du livre de sang. Pas particulièrement palpitant, cet épilogue présente tout de même la particularité de se raccorder aux trois récits précédents en les entremêlant les uns avec les autres pour fermer toutes les portes narratives ouvertes jusqu’alors. L’idée se défend, mais l’écriture de Books of Blood manque singulièrement de rigueur et de finesse pour convaincre. En l’état, cette tentative reste très anecdotique.
© Gilles Penso
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