

La gentille petite sirène d’Andersen et Disney se transforme ici en monstre assoiffé de sang humain, sous haute influence de H.P. Lovecraft…
THE LITTLE MERMAID
2024 – USA
Réalisé par Leigh Scott
Avec Mike Markoff, Lydia Helen, Jeff Denton, Sean-Michael Argo, Winston Crooke, Wayne Gordon, Samuel Selman, Thomas Downey, Manon Laurent, Leigh Scott
THEMA MONSTRES MARINS
Leigh Scott est un grand habitué des films fantastiques aux budgets minuscules qui plagient les blockbusters du moment. Nous lui devons Le Seigneur du monde perdu, Transmorphers, Cyborg Conquest, Piranha Sharks et une trentaine d’autres séries B/Z du même acabit. The Little Mermaid s’inscrit dans une vogue différente, celle de réinventer les personnages des films pour enfant en les transformant en créatures de films d’horreur. Nous sommes donc dans un esprit voisin de Winnie the Pooh : Blood and Honey, Mickey’s Mouse Trap ou Cinderella’s Curse. Un texte dans le générique de Little Mermaid positionne le film comme une adaptation de l’histoire écrite par Hans Christian Andersen, mais il est évident que la version « live » produite par le studio Disney en 2023 est la principale motivation de la mise en chantier de cette variante horrifique du célèbre conte. L’une des scènes introductives donne le ton. Un bateau de pêche y récupère dans un filet une sirène ayant perdu connaissance. Mais celle-ci n’a pas le caractère affable et sympathique de la joviale Ariel. C’est une créature assoiffée de sang qui exhibe des crocs acérés et massacre les deux hommes à bord du bateau avant de retourner à la mer.


Le personnage principal de ce Little Mermaid est le docteur Eric Prince (Mike Markoff), qui mène des fouilles archéologiques sur une île des Caraïbes dans l’espoir de ramener la preuve de l’existence d’une société préhistorique très avancée. Mais les propriétaires des lieux voient d’un mauvais œil ces excavations et menacent à tout moment de couper court à l’autorisation de poursuivre les recherches. Lorsqu’une des étudiantes d’Eric trouve un corps momifié dans une espèce de sarcophage, accompagné de l’idole en pierre d’une divinité sumérienne, celui-ci exulte. « C’est l’une des plus grandes découvertes de l’histoire de l’archéologie depuis le trésor de Toutankhamon » s’écrie-t-il. Alors qu’il rêve déjà de prouver à la communauté scientifique que ses théories jugées farfelues sont fondées, il rencontre la mystérieuse Aurora Bey (Lydia Helen), qui possède des objets anciens de très grande valeur. Il tombe rapidement sous son charme. Mais ne cache-t-elle pas sa vraie nature ?
Quand Splash rencontre Dagon
La première partie du film s’intéresse à la romance naissante entre Eric et Aurora. « C’est comme un film de Tom Hanks ! » s’écrie même l’archéologue après avoir soupçonné la belle inconnue d’être une sirène. Leigh Scott prend visiblement son sujet au sérieux et essaie de creuser ses personnages, s’appuyant sur des performances plutôt convaincantes. Mais à part la première scène d’attaque, il faut bien reconnaître qu’il ne se passe pas grand-chose de palpitant pendant un bon moment. Lorsque l’intrigue décolle enfin, c’est pour nous surprendre agréablement. Car au lieu de s’inspirer d’Andersen ou de Disney, Leigh Scott s’appuie sur les écrits de H.P. Lovecraft, qu’il avait déjà abordés frontalement dans Necronomicon : le livre de Satan en 2008. La statuette trouvée sous terre est celle du dieu Dagon, l’un des étudiants porte un T-shirt « Miskatonic University », le mentor du héros évoque un culte démoniaque à Innsmouth, un clin d’œil tardif annonce même l’avènement de Cthulhu. Rattacher l’histoire de la petite sirène au mythe des Grands Anciens est un choix audacieux, The Little Mermaid prenant presque les allures d’une suite du Dagon de Stuart Gordon auquel il se réfère directement au cours d’une séquence de cauchemar. Avec sa mise en forme soignée, ses sites naturels très photogéniques, captés à Saint-Christophe-et-Niévès dans les Caraïbes, et le charme indiscutable de Lydia Helen, qui nous ferait presque croire à sa nature surnaturelle, The Little Mermaid est sans conteste l’un des meilleurs films de Leigh Scott. La barre n’était certes pas très haute jusqu’à présent, mais c’est tout de même une bonne surprise.
© Gilles Penso
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