

Deux amis qui s’isolent dans une petite maison pour échapper au monde extérieur découvrent soudain qu’ils sont entourés d’un grand vide blanc…
NOTHING
2003 – CANADA
Réalisé par Vincenzo Natali
Avec David Hewlett, Andrew Miller, Gordon Pinsent, Marie-Josée Croze, Andrew Lowery, Elana Shilling, Soo Garay, Martin Roach
THEMA POUVOIRS PARANORMAUX
A la fin de Cube, le seul survivant d’un labyrinthe machiavélique au fonctionnement inexplicable ouvrait une porte donnant sur une lumière blanche aveuglante… Le même éclat aseptisé semble nimber tout entier Nothing, troisième long-métrage de Vincenzo Natali. « Il faut croire que j’ai une imagination très limitée, puisque je n’arrête pas de me répéter ! » plaisante le cinéaste à propos de ce point commun visuel. « La lumière blanche me fascine parce qu’elle m’évoque la page blanche de l’écrivain », poursuit-il. « Dans les films de Steven Spielberg, cette lumière blanche symbolise la présence de Dieu. Pour moi, elle représente plutôt le contraire. C’est le néant, l’opposé de Dieu, l’absence de toute chose. C’est un concept existentiel inquiétant, qui nous ramène à notre propre solitude. Rien ni personne ne nous attend de l’autre côté de la porte » (1) Malgré cette vision apparemment nihiliste, l’humour, encore discret dans Cube et Cypher, est le moteur de Nothing, une comédie fantastique atypique qui se situe dans un registre étrange, quelque part entre le nonsense des Monty Pythons et les questionnements existentialistes de La Quatrième dimension.


David Hewlett et Andrew Miller, qui faisaient déjà partie du casting de Cube, incarnent ici deux amis d’enfance cohabitant dans une petite maison de ville. Andrew est un agent touristique agoraphobe qui travaille à domicile pour éviter d’affronter le monde extérieur, et Dave un employé de bureau traité avec mépris par l’ensemble de son entourage. Suite à un enchaînement malheureux de concours de circonstances, ces deux êtres quelque peu inadaptés se retrouvent pourchassés par une horde de gens mécontents, y compris la police qui vient siéger sur le seuil de leur bicoque. Alors que la situation semble critique, David et Andrew ouvrent la porte pour découvrir que la maison se trouve maintenant dans un vide blanc qui se prolonge à perte de vue. Abasourdis, tous deux essaient d’explorer les environs, mais doivent se rendre à l’évidence : il n’y a rien, où qu’ils aillent. Par la seule force de leur pensée, ils ont réussi à faire disparaître tout le monde extérieur. Il leur est désormais possible d’effacer tout ce qu’ils détestent…
Carte blanche
Vincenzo Natali repousse donc une fois de plus les limites du cinéma conceptuel. Ici, le père de Cube et Cypher s’aventure sur un terrain aussi audacieux que vertigineux : un huis clos minimaliste dans un vide absolu. L’idée de base est fascinante, presque insensée. Mais n’était-il pas risqué de tout miser sur cette situation absurde ? Reconnaissons à Natali sa capacité à en exploiter toutes les possibilités, jouant habilement avec le cadre, multipliant les artifices visuels pour éviter la monotonie, sollicitant les grands angles, les vues en contre-plongée sous le vide et même des cadrages aux formes insolites. Tous les moyens sont bons pour briser la rigidité de l’espace uniforme. Mais Nothing finit par être prisonnier de ses propres contraintes. L’absence totale de repère tend bientôt à plonger le spectateur dans une certaine lassitude. L’espace immaculé qui constitue l’unique décor devient un élément redondant qui limite l’implication émotionnelle. D’autant qu’il n’est pas simple de s’attacher à ces deux protagonistes pathétiques, envers lesquels le réalisateur lui-même ne semble pas nourrir beaucoup d’empathie. En somme, Nothing est une expérience cinématographique aussi fascinante que frustrante. Si Vincenzo Natali démontre une fois de plus son talent pour explorer des concepts inédits, son troisième long-métrage peine à transcender son dispositif et à établir une véritable connexion émotionnelle avec son public. Son essai suivant, Splice, sera beaucoup plus convaincant.
(1) Propos recueillis par votre serviteur en février 2010
© Gilles Penso
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