

Dans cette adaptation d’une courte nouvelle de Clive Barker, une parapsychologue, son assistant et un étudiant enquêtent sur une maison hantée…
BOOK OF BLOOD
2009 – GB
Réalisé par John Harrison
Avec Jonas Armstrong, Sophie Ward, Clive Russell, Paul Blair, Romana Abercromby, Simon Bamford, Doug Bradley, Gowan Calder, Graham Colquhoun
THEMA FANTÔMES
Proche collaborateur de George Romero dans les années 80 et 90, John Harrison fut notamment le compositeur des mémorables bandes originales de Creepshow et Le Jour des morts-vivants, le scénariste de plusieurs épisodes d’Histoires de l’autre monde et des Contes de la crypte, le producteur exécutif de Diary of the Dead mais aussi – dans un tout autre registre – le scénariste du Dinosaures de Disney et le producteur des deux Dune de Denis Villeneuve. En tant que réalisateur, cet homme éclectique signa entre autres Darkside, les contes de la nuit noire et plusieurs épisodes de la mini-série Dune au début des années 2000. Avec Livre de sang, il s’attaque à l’écrivain Clive Barker et s’efforce de rester fidèle à l’univers trouble et tourmenté du père d’Hellraiser. La tâche n’est pas simple, pas tant parce que la fidélité au texte original nécessite des images très sanglantes et explicites, mais surtout parce que le texte de la nouvelle éponyme, qui inaugure une série de recueils publiés à partir de 1984, est très court : moins de vingt pages. Pour en tirer un long-métrage, Harrison puise aussi dans l’ultime nouvelle du recueil Livres de sang, Jérusalem Street, et se permet plusieurs ajouts scénaristiques étrangers à la prose de Barker. Certains vont s’avérer judicieux, d’autres moins…


« Les morts ont leurs artères », disait l’écrivain en guise de prologue. « Elles défilent, infaillibles alignements de trains fantômes, de rames de rêve, à travers la désolation qui s’étend derrière nos vies, portant un trafic éternel d’âmes envolées. » Cette poésie macabre est presque reprise mot à mot par la voix off qui inaugure le film. Après une scène introductive énigmatique au cours de laquelle un jeune homme ensanglanté et partiellement défiguré est kidnappé par un mercenaire qui est chargé de le dépecer, le cours des événements se rembobine pour nous présenter Mary Florescu (Sophie Ward), professeur de paranormal et auteur à succès qui se lance avec son partenaire Reg Fuller (Paul Blair) dans une enquête autour d’une maison marquée par de terribles événements. Une adolescente y aurait été violée, battue et assassinée par une entité invisible. Lorsqu’elle rencontre, dans l’amphithéâtre où elle prodigue ses cours, Simon McNeal (Jonas Armstrong), un étudiant visiblement doté de pouvoirs parapsychiques, elle le convainc de les aider dans leurs investigations…
Les mots des morts
L’un des éléments les plus intéressants de Livre de sang est sans doute la difficulté – pour les spectateurs comme les protagonistes – à faire la part des choses entre les manifestations surnaturelles et les supercheries, le rêve et la réalité, les hallucinations et les souvenirs, au sein d’une intrigue qui emprunte un peu la voie de La Maison du diable et de Poltergeist, en évoquant parfois le saisissant L’Emprise de Sidney J. Furie (notamment lors de la scène où Mary est empoignée par une force invisible qui laisse ses empreintes de doigts sur son visage). Mais la médaille a un revers : à trop vouloir construire une backstory pour Mary et Simon (chacun a été frappé par un traumatisme d’enfance, leur rapport aux visions de l’au-delà sont complexes), le scénario s’emmêle et perd ce qui faisait le charme du texte de Barker. Dans la nouvelle, les motivations de Simon étaient claires et le retournement de situation final en tirait toute son efficacité. Ici, le trop plein d’informations et de contre-informations amenuise l’impact du récit et gâche une partie de son potentiel. L’autre problème est lié à l’imagerie convoquée pour décrire le monde des morts : des fantômes grimaçants translucides, des panoramas infernaux en images de synthèse, bref des visions trop frontales pour convaincre, d’autant que les effets visuels maladroits manquent singulièrement de subtilité. Le bilan est donc très mitigé, même s’il faut reconnaître à John Harrison un talent indiscutable dans la construction d’une atmosphère anxiogène malsaine et dans la direction de ses comédiens, tous très convaincants. On note au passage l’apparition furtive de Doug Bradley (le Pinhead d’Hellraiser) dans une séquence de cauchemar.
© Gilles Penso
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