ELLE VOIT DES NAINS PARTOUT ! (1982)

Dans cette adaptation délirante d’une pièce de théâtre à succès, Blanche-Neige est une nymphomane délurée incarnée par Zabou…

ELLE VOIT DES NAINS PARTOUT !

1982 – FRANCE

Réalisé par Jean-Claude Sussfeld

Avec Zabou, Claire Magnin, Gaëlle Legrand, Roland Giraud, Martin Lamotte, Thierry Lhermitte, Josiane Lévêque, Marilyne Canto, Christian Clavier, Philippe Bruneau

THEMA CONTES

 

Après ses premiers pas au théâtre en 1959 avec Les Précieuses ridicules, sur la scène du théâtre de Chaillot, Philippe Bruneau plonge dans l’effervescence du café-théâtre, qui vit ses grandes heures dans les années 70. Il rejoint alors la troupe de la Veuve Pichard, aux côtés d’autres joyeux drilles comme Martin Lamotte, Roland Giraud et Gérard Lanvin. Mais Bruneau ne se contente pas d’interpréter : il écrit et met en scène. Son œuvre la plus mémorable est Elle voit des nains partout, une pièce en alexandrins qui revisite l’univers des contes de fées sous un jour parodique, grivois et irrévérencieux. Aux côtés de sa compagne Claire Nadeau, Bruneau porte ce spectacle iconoclaste pendant quatre ans à la Cour des Miracles. Les pièces comiques issues du café-théâtre donnant souvent des films à succès (comme le prouva l’équipe du Splendid avec Les Bronzés et Le Père Noël est une ordure), l’envie de porter à l’écran Elle voit des nains partout finit par s’imposer comme une évidence. Elle se concrétise avec l’aide de Jean-Claude Sussfeld, assistant de réalisateurs tels que André Hunebelle, Gérard Oury, Michel Audiard, Claude Sautet, Yves Boisset ou Jean-Luc Godard, qui effectue à l’occasion ses premiers pas de metteur en scène et co-écrit l’adaptation avec Bruneau.

Lorsque le film commence, tout le royaume est en effervescence : le roi de France (Jean-Paul Muel) s’apprête à avoir un fils. Mais contre toute attente, c’est une fille qui naît. Sa mère, morte en couches, était perse et souhaitait qu’on la prénomme Neige (pour faire un jeu de mot désopilant). En voyant la pâleur du teint du bébé, son père s’exclame : « Comme tu es blanche, Neige ! ».  Le ton d’Elle voit des nains partout ! est donc donné dès les premières minutes. Le roi ne voulant pas d’une fille, le connétable Albert (Philippe Bruneau) et la nounou anglaise Amelys (Valentine Monnier) s’enfuient avec l’enfant et fondent un foyer dans la forêt. Un an plus tard, ils donnent naissance à un fils si laid qu’ils essaient de l’abandonner dans les bois avant de le céder à un orphelinat. En grandissant, Blanche Neige devient une princesse joviale mais nymphomane campée par Zabou dans son premier rôle au cinéma. Alors que la princesse rêve de passer à la casserole à la moindre occasion, la nouvelle épouse du roi (Claire Magnin), agacée d’entendre dire par son miroir magique que Blanche-Neige est la plus belle, demande à une escouade de chevaliers de lui mettre la main dessus pour s’en débarrasser…

Les contes défaits

Elle voit des nains partout ! ne se contente pas de torpiller l’histoire de Blanche-Neige, puisque des dizaines de personnages issus de la littérature populaire, de la Bible ou des contes de fées s’emmêlent ici dans le désordre le plus total : Cosette, Jean Valjean, la fée Carabosse, Joseph et Marie de Nazareth, les Rois Mages, le Petit Chaperon Rouge, Charles Martel, Robin des Bois, Tarzan, les trois petits cochons, le Petit Poucet… Cette profusion inspirera aux dessinateurs Solé et Gotlib le fameux poster du film. Pour interpréter tout ce beau monde, un casting hétéroclite participe à l’aventure. La bande de la Veuve Pichard répond bien sûr à l’appel (Martin Lamotte et Roland Giraud donnent la réplique à Philippe Bruneau), mais aussi quelques membres de l’équipe du Splendid (Thierry Lhermitte et Christian Clavier) et du Café de la Gare (Coluche et Renaud). Ambitieux, le film sollicite de la figuration costumée et des décors médiévaux, jouant souvent le jeu de l’anachronisme (les allers-retours dans la salle de contrôle futuriste où se prennent les grandes décisions, l’apparition d’une troupe de scouts, le surgissement d’un car de touristes japonais, le passage impromptu d’un train). Il faut bien reconnaître qu’une grande partie des gags du film est sérieusement datée, notamment les numéros musicaux (moins efficaces que sur scène avec le public) et les références aux spots publicitaires de l’époque. Mais on se régale devant cette galerie de comédiens à la bonne humeur communicative (notamment Zabou dont le talent se révèle avec éclat) et l’on apprécie les quelques parenthèses poétiques inattendues qui donnent au Temps les traits d’un vieil homme chargé de lourds fardeaux et d’une grande horloge, et à la Mort ceux d’un cowboy tout de noir vêtu.

 

© Gilles Penso

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